Les entreprises d’Asie centrale et du Caucase adoptent l’intelligence artificielle à un rythme deux fois supérieur à celui du reste du monde. C’est ce que révèle un rapport de KPMG publié en 2026. La transformation numérique de cette région émergente surprend par sa vitesse, mais un paradoxe stratégique demeure.
Près de 53 % des entreprises de la zone CAC ont déjà mis l’IA en production industrielle, contre 24 % au niveau mondial. L’étude a interrogé plus de 2 500 responsables technologiques dans 27 pays, dont 72 entreprises de la région. Les résultats bousculent les idées reçues sur les marchés émergents.
Kazakhtelecom et BTS montrent la voie de l’IA dans la région
Deux groupes illustrent cette avancée. Kazakhtelecom, l’opérateur national des télécommunications du Kazakhstan, utilise l’IA depuis la mi-2025 dans plusieurs services : centres de contact, achats, ressources humaines, finance, documents réglementaires, sécurité au travail et recrutement.
Le déploiement repose sur un modèle hybride. L’équipe centrale gère les plateformes, la sécurité et les produits complexes. Pour les tâches plus simples, les salariés utilisent une plateforme de création d’agents. Un employé sans compétences en programmation peut ainsi donner des instructions, ajouter des documents et construire un agent adapté à ses besoins.
De son côté, Business & Technology Services (BTS), la société informatique du groupe Eurasian Resources Group (ERG), mise sur la vision par ordinateur. Cette technologie vérifie l’état des équipements sur les sites miniers de chrome, de fer et d’aluminium au Kazakhstan. L’analyse de données traite aussi les rapports géologiques.
- 53%des entreprises de la région ont l'IA en productioncontre 24 % dans le monde
- 44%adoptent une approche proactive d'expérimentation21 % au niveau mondial
- 34%ont une stratégie IA claire76 % ailleurs, le paradoxe
- 25%ont une gouvernance transversale de l'IAcontre 69 % dans le reste du monde
L’IA en pratique : des cas d’usage déjà opérationnels
Voici les cas d’usage les plus fréquents dans les entreprises de la région :
- 🤖 Bots textuels et vocaux pour le service client
- 🖥️ Vision par ordinateur pour la maintenance des équipements miniers
- 📊 Analyse de données géologiques et industrielles
- 🧾 Traitement automatique des documents réglementaires
- 👥 Aide au recrutement et à la gestion des ressources humaines
Ces exemples montrent que l'IA n'est plus un concept abstrait. Elle s’installe dans les opérations quotidiennes, et les résultats se mesurent déjà.
Pourquoi les entreprises de la région vont deux fois plus vite
Le rapport de KPMG identifie une cause principale : la culture de l'expérimentation. 44 % des entreprises de la région adoptent une approche proactive, contre 21 % au niveau mondial. Elles testent, ajustent, puis déploient.
Cette méthode porte ses fruits. Chez BTS, environ 10 % des pilotes en IA générative passent en production. Ce taux atteint près de 80 % pour l’IA classique comme l’apprentissage automatique et la vision par ordinateur. Kazakhtelecom lance presque chaque mois de nouveaux pilotes, mais attend des résultats solides avant de généraliser.
La région dispose aussi d’un atout : un niveau élevé de pénétration numérique. De nombreuses entreprises ont déjà l’infrastructure et l’expérience nécessaires pour connecter leurs systèmes à l’IA. Cette base facilite l’intégration dans les services existants.
Rustem Uvaliyev, responsable de la digitalisation chez BTS, insiste sur l’importance des pilotes. Une plateforme en libre-service, baptisée FAIR, permet aux employés de créer des agents numériques avec l’IA générative. Après une courte formation, chaque salarié peut expérimenter. Les cas les plus solides sont ensuite transférés en production.
Un paradoxe stratégique bien réel
La rapidité d’adoption cache un manque de formalisation. Seules 34 % des entreprises de la zone CAC disposent d’une stratégie IA claire, alignée sur leurs objectifs business. Le reste du monde est à 76 %. De même, une gouvernance transversale de l’IA n’existe que dans 25 % des entreprises de la région, contre 69 % ailleurs.
Konstantin Aushev, associé chez KPMG Caucase et Asie centrale, qualifie ce constat de paradoxal. Les entreprises déploient l’IA à grande vitesse, mais elles sont beaucoup moins nombreuses à avoir défini comment la développer et la gouverner.
La fin d’une approche chaotique
Mais le vent tourne. Aushev observe que la région était plus désordonnée il y a quelques années. Les entreprises rivalisaient pour annoncer le nombre de cas d’usage lancés. Ce « mouvement brownien » s’estompe.
Nous assistons désormais à une compréhension plus profonde de là où l’IA est utile, et de là où elle ne l’est pas. Les entreprises deviennent plus sélectives : 43 % d’entre elles privilégient une adaptation rapide mais sélective, contre 36 % au niveau mondial.
Yerzhan Assanov, responsable IA de Kazakhtelecom, confirme cette évolution. Son approche est devenue plus ambitieuse en un an. Son équipe analyse le processus en amont, teste plus rapidement sur des tâches réelles et impose des exigences de qualité strictes.
Le Kazakhstan introduit déjà des règles plus formelles sur l’intelligence artificielle et l’économie numérique. Les entreprises suivent le mouvement. La région avance vite, mais elle apprend aussi à consolider ses acquis.
Le défi reste de passer à l’échelle sans évaluer les coûts. Uvaliyev rappelle que de nombreuses grandes entreprises internationales ont commis cette erreur. L’Asie centrale et le Caucase ont l’occasion d’éviter ce piège, et de bâtir une IA plus lucide et mieux gouvernée.
Le vrai paradoxe de l'IA dans la région
Pourquoi l'Asie centrale et le Caucase vont-ils si vite sur l'IA ?
La culture de l'expérimentation est le moteur principal. 44 % des entreprises adoptent une approche proactive, contre 21 % dans le monde. Elles testent, ajustent, puis généralisent.
Est-ce que les entreprises locales ont déjà des résultats concrets ?
Oui, et ils se mesurent déjà. BTS voit environ 80 % de ses pilotes d'IA classique passer en production. Kazakhtelecom lance presque chaque mois de nouveaux pilotes.
Quel est le principal risque pointé par KPMG ?
Le manque de stratégie et de gouvernance. Seules 34 % des entreprises ont une stratégie IA alignée sur leurs objectifs, contre 76 % au niveau mondial. La vitesse sans cadre peut coûter cher.
Faut-il être développeur pour utiliser l'IA dans ces entreprises ?
Non, plus vraiment. Chez BTS, la plateforme FAIR permet à n'importe quel employé de créer un agent numérique après une courte formation. Kazakhtelecom fait pareil avec sa plateforme de création d'agents.
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Journaliste emploi et formation depuis 12 ans, ancienne cheffe de rubrique carrière dans la presse économique, formatrice à Sciences Po. Croise données publiques, récits de terrain et analyse des dispositifs pour éclairer les trajectoires professionnelles.
Un commentaire
Adopter l’IA à ce rythme, c’est un vrai atout compétitif, surtout dans les RH. Reste à former les équipes pour que ça profite à tous.